3 questions à Romane Peillon, Responsable pédagogique d'Agir pour l'Ecole
Depuis novembre 2025, Romane Peillon est Responsable Pédagogique de notre association. Sa mission principale est de développer une offre complète autour des méthodes existantes en lecture et en mathématiques, en proposant notamment de nouveaux formats et adaptations. Elle est également chargée de concevoir et de déployer de nouveaux projets pédagogiques à plus grande échelle, sur nos territoires existants et au niveau national. Ces projets s’adressent aussi bien à notre partenaire historique, l’Éducation nationale, qu’à de nouveaux partenaires (associations, fédérations, centres sociaux, etc). Un axe fort de son travail concerne les élèves à besoins éducatifs particuliers, afin de mieux les inclure dans les apprentissages (des enfants ayant un handicap, un trouble, ou des difficultés au sens large). Enfin, elle développe un volet formation, à destination des professionnels, des équipes internes, et des familles, notamment à travers des actions de soutien à la parentalité.
Pendant 8 ans, tu as été Chargée de Mission et tu conserves cette fonction en plus de tes nouvelles responsabilités. Comment ton rôle sur le terrain a-t-il évolué au fil des années ?
Effectivement, j’interviens depuis 2018 comme chargée de mission sur les régions Occitanie et PACA, fonction que je conserve aujourd’hui en parallèle de mes nouvelles responsabilités. Mon rôle sur le terrain a progressivement évolué : je continue à assurer le suivi de mes classes et de mon territoire, mais dans une dynamique différente. Si de nouvelles écoles intègrent chaque année le dispositif, une grande partie des équipes travaille avec nos méthodes depuis longtemps et les maîtrise pleinement. L’accompagnement s’oriente désormais davantage vers du conseil, de l’analyse de situations spécifiques et du soutien face à certaines difficultés rencontrées par les élèves, plutôt que vers la formation initiale à la méthode. Cette expertise installée permet une relation de confiance forte et ouvre la voie à la co-construction de nouveaux projets pédagogiques. C’est un travail particulièrement riche et stimulant.
La presse en parle. On identifie de plus en plus de cas d’enfants allophones ou présentant des troubles dits “Dys” dans les classes. Quels impacts constates-tu ? Identifies-tu des projets prioritaires pour y répondre ?
Nous constatons aujourd’hui une présence accrue d’enfants allophones et d’élèves présentant des troubles du neurodéveloppement (TND au sens large), ou avec de grandes difficultés d’apprentissage, au sein des classes que nous accompagnons en REP et REP+. Ces profils existaient déjà aux débuts d’Agir pour l’École, mais ils sont désormais beaucoup plus nombreux ou, en tout cas, mieux identifiés. L’impact est réel sur le terrain : de nombreux enseignants se retrouvent en difficulté, faute de formation, de temps, d’outils et de méthodes adaptées, ce qui peut générer une souffrance à la fois pour l’enfant, sa famille et le professionnel. L’un des enjeux centraux de mon nouveau poste est justement de placer l’inclusion de tous les élèves au cœur de nos dispositifs. Nous travaillons actuellement sur plusieurs projets, notamment l’adaptation de nos méthodes d’apprentissage de la lecture et la formation. Également, nous sommes en lien étroit avec des associations spécialisées, afin de co-construire des réponses pédagogiques adaptées et renforcer l’inclusion de tous les élèves. L’objectif est clair : permettre à chaque enfant de trouver sa place et de progresser dans les apprentissages, quels que soient ses besoins.
Un des fondements de l’approche pédagogique d’Agir pour l’Ecole, c’est le travail de l’enseignant avec un petit groupe d’élèves. Se pose toujours pour les enseignants la question de l’autonomie du reste de la classe pendant que l’enseignant est occupé avec le groupe. C’est l’un de tes projets en cours ? Aurais-tu un conseil pratique à donner aux enseignants ?
La question de l’autonomie des élèves pendant le travail en petits groupes est une problématique que nous rencontrons depuis toujours sur le terrain, notamment lors des séances d’apprentissage de la lecture. Jusqu’à présent, ce n’était pas un axe directement travaillé par Agir pour l’école, mais le développement d’une offre pédagogique plus complète nous a amenés à en faire un projet prioritaire. Nous travaillons actuellement à la construction d’un catalogue d’ateliers d’autonomie, pensé en fonction des besoins des élèves et des différentes périodes de l’année. L’autonomie est un temps d’apprentissage à part entière, essentiel pour le réinvestissement des acquis, et nous y portons désormais une attention particulière. Comme conseil pratique, nous observons que la mise en place d’élèves tuteurs, accompagnant leurs camarades en difficulté, fonctionne très bien : cela favorise l’entraide, la coopération et renforce la dynamique de classe !