
A la rencontre de Ludywine Hamonic
91 % des enseignants ayant recours au programme Agir pour la lecture reconduisent le protocole l’année suivante. Ludywine Hamonic, professeure des écoles à Corbeil-Essonnes, revient sur son parcours, nous donne son avis sur le programme "Agir pour la lecture" et sa mise en place effective en classe.
Pour commencer, pourriez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours dans l’enseignement ?
J’exerce le métier de professeure des écoles depuis 17 ans en éducation prioritaire à Corbeil-Essonnes. Mon parcours a été guidé par une démarche d’analyse et d’amélioration de ma pratique. Après avoir débuté en cycle 3, j’ai choisi de remonter le fil de la scolarité pour comprendre l’origine des fragilités constatées chez les élèves. J’ai progressivement souhaité découvrir les niveaux inférieurs à celui dans lequel j’enseignais, afin de mieux appréhender la construction, en amont, des compétences qui faisaient parfois défaut par la suite. En me plongeant ainsi dans les premiers apprentissages, j’ai pu affiner ma pédagogie et l’adapter aux besoins réels des élèves. C’est ainsi qu’après plusieurs années en CE1, j’enseigne en classe CP depuis cinq ans. C’est un niveau que je trouve très riche et où les progrès des élèves sont réellement quantifiables tant dans le domaine du français que dans celui des mathématiques.
Quel regard portez-vous sur la méthode Agir pour l’École ?
Le protocole Agir pour l’École me semble en parfaite adéquation avec les recommandations ministérielles actuelles. La force de cette méthode réside, selon moi, dans sa progression fondée sur la fréquence des graphèmes : aborder les sons complexes mais fréquents dès le début de l’année permet à l’élève de devenir plus rapidement un “décodeur“ autonome dans son environnement quotidien. La clarté des guides du maître facilite une prise en main immédiate et une mise en œuvre rigoureuse du protocole. Par ailleurs, l’encodage systématique en fin de séance est indispensable : l’écriture vient nourrir la lecture.
Quels bénéfices en retirez-vous dans votre pratique ?
Le travail conjoint de ces deux compétences est essentiel, car elles sont indissociables pour permettre à l’élève de devenir un lecteur complet. Concernant l’outil proposé aux élèves, j’apprécie la possibilité d’intervenir directement sur le support (colorier les sons, souligner les syllabes) afin d’étayer la lecture en fonction des difficultés rencontrées. Enfin, les outils proposés pour la fluence apportent une réelle valeur ajoutée au protocole. Cet entraînement systématique favorise une lecture plus fluide, condition indispensable à la compréhension, tout en répondant précisément aux exigences des programmes.
Auriez-vous des propositions visant à améliorer le programme Agir pour la Lecture ?
Selon mon analyse, deux axes d'amélioration pourraient enrichir le dispositif. D'une part, l'introduction d'un personnage référent permettrait de renforcer l'aspect ludique et l'engagement affectif des élèves dans leur apprentissage de la lecture. D'autre part, la création d'un guide du maitre spécifique pour les élèves reprenant le protocole de Grande Section en classe de CP offrirait un étayage plus adapté à leurs besoins particuliers et une remédiation plus fluide.
Concrètement, comment mettez-vous en œuvre cette méthode dans votre classe ?
Au quotidien, j'applique le protocole avec une organisation en groupes de besoins homogènes. Cette modalité me permet d'accorder une attention soutenue à chaque petit groupe lors de la découverte des sons, pendant que le reste de la classe travaille en autonomie sur des activités de réinvestissement (lecture ou mathématiques). Chaque séance suit une structure stable et rassurante pour l'élève : phonologie (bruitage du son), rebrassage des sons acquis, lecture de logatomes (pseudo-mots) pour automatiser le décodage, puis lecture de mots et de phrases pour accéder au sens et à la grammaire. La structure répétitive des séances est une clé de la réussite : les élèves, libérés de la compréhension de la consigne, peuvent se
concentrer pleinement sur l'effort de lecture.